LE ROMAN DU LIT CLOS

Chut, Mme Mita fait la sieste !   tre si petite, quelle misère ! cela vous donne des complexes pour la vie.

Et pourtant, heureuse compensation, c'est grâce à ma petite taille, qu'à Ker Muzo, j'ai eu le privilège d'occuper le lit clos. Un lit clos bien breton, comme on en voit quand on visite en touriste de vieilles maisons typiques ou des musées folkloriques.

Mais celui-là, authentique, fait partie intégrante de la pièce ; il a dû voir pas mal de générations, sans remonter quand même au temps où, comme je l'ai lu dans " Possession " d'A.S. Byatt :

" les lits clos ont été conçus pour se protéger des loups... Autrefois dans les villages et les fermes, on dit que ces bêtes pénétraient dans les maisons, s'emparaient des nourrissons endormis dans leur berceau auprès du feu et les emportaient. C'est pourquoi les paysans et les fermiers, pour la sauvegarde de leurs petits enfants, les enfermaient dans les lits clos et barraient la porte avant d'aller aux champs. C'est aussi une protection contre les porcs qui fourrent partout leur groin indistinctement, et les poules rapaces qui entrent et sortent sans arrêt des chaumières et ne regardent pas à deux fois ce qu'elles déchirent ou crèvent : un cil, une oreille, un petit pied, une petite main. "

On a beau ne plus craindre les loups, ces histoires là, et tant de légendes, ça vous travaille, et bien souvent mes rêves sont peuplés de korrigans farceurs qui déterrent les taupes au clair de lune, et de souris lubriques s'excitant en rondes folles sur des montagnes de gruyère...

Et j'imagine qu'un jour, une petite fille de Sophie prendra ma place dans le lit clos et qu'on lui dira : " C'est là que couchait ton arrière grand mère, la petite boiteuse qu'on appelait :

" LA DORMEUSE DU LIT CLOS "


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